Hors certains illuminés climato-sceptiques minimisant leurs empreintes toutes de carbones vêtues, preuve a été apportée de la nuisance certaine de l’automobile quant à la pollution de l’air. Même si quelques rares villes visionnaires et intelligentes ont su capter la caractère intrinsèque entre la voiture et la mauvaise qualité de vie, la quasi totalité des métropoles mondiales semblent frileuses à engager un bras de fer avec différents lobbying réfractaires à une forme de bien être.

Et pourtant,  les exemples se multiplient à travers le monde. Certains maires prennent le pari (politique) de réduire les polluants atmosphériques directement imputables à la voiture. En Europe, on peut citer Copenhague, Bruxelles, Dublin, Madrid, Stockholm, Berlin, Vienne, Glasgow, Hamburg, Freiburg… Et Londres? Une des villes pionnières quant à la limitation des véhicules en centre ville (par l’installation d’un péage dissuasif) n’a pas connu l’impact escompté: seulement 15 % d’automobilistes en moins. Trop peu pour voir une baisse significative de la qualité de l’air. Seul avantage, l’argent récupéré par le péage a été entièrement investi dans l’amélioration du réseau de transports en commun. La ville réfléchit aujourd’hui à un système plus draconien.Proche de la tolérance zéro quant à l’auto. Trop autoritaire pour certains. Indispensable, voire obligatoire pour les autres. Et ils sont dans le vrai!

Prenez l’exemple  de Pontevedra, ville de 85.000 habitants, au sud-ouest de la communauté autonome de Galice. Pontevedra a réduit de 80% la pollution en devenant une des seules villes au monde sans voiture. Et ceci en 15 ans. La circulation a diminué de 90% et 75% des déplacements sont faits à pied. Seul un espace très limité et archi réglementé subsiste pour certaines circulations motorisées.  Le moyen est simple: tolérance zéro à moins d’amendes plus que dissuasives. Le maire, Miguel Anxo Fernandez Lores, ancien médecin, considère que la marche est le mode le plus naturel pour se déplacer sur des distances égales ou inférieures à 3 km. Il considère même que la mobilité piétonne est un élément fondamental pour les déplacements urbains. Parce que tout ce bel espace, qualifié d’espace public, est un bien commun… comme l’eau ou l’air.

 

Un espace public agressif, une agglomération sclérosée.

Fin des années 90, le centre historique de la vieille ville était devenu « un dépotoir de voitures ». Se déplacer à pied ou en vélo était devenu un parcours d’obstacle dans un brouhaha infernal… l’essentiel de l’espace public était occupé par les déplacements et stationnements de véhicules: « une hérésie…les occupants fuyaient le centre ville tant l’espace public était devenu agressif. » Non seulement, la fluidité était devenue nulle mais les gens étaient stressés et colériques, fâchés, pas vraiment à leur place. Quand on est dans une voiture, nous ne sommes plus vraiment humain. Nous sommes proches du cyborg ou de je ne sais quelle abomination évolutive du transhumain. Ce n’est pas comme ça que l’on nous vend l’Homme augmenté. Pas comme un décérébré alourdi de deux tonnes de tôle, minorant l’humain  en imposant son tas de ferraille(s) sur les trottoirs ou sur des priorités comme le passage clouté: fer versus chair, moteur contre cerveau, une équation hors la loi, hors intelligence et contre le principe même du mot « urbanité ». Ironie du sort, on rencontre désormais plus de gens urbains dans le milieu rural que dans le milieu…urbain.

Faire respecter la loi est fondamental

Le maire de Pontevedra entame alors les grands travaux… le centre ville est transformé. On fait disparaître les trottoirs, « parce que c’est la première chose à faire, rendre la liberté aux piétons pour placer l’individu au coeur des préoccupations. c’est là qu’est le modèle social, c’est celui de l’égalité. Et c’est là que se situe le courage politique! C’est celui de contraindre le citoyen à un modèle qui va se révéler bénéfique pour son cadre de vie. »

La voirie se décline désormais sans obstacles urbains, les stationnements ont été remplacés par des aires de jeux, des bancs publics ou des espaces végétalisés. Pour asseoir ce nouvel espace, la répression a été plus que sévère, avec des contraventions très élevées et un service de police municipale assisté d’un Personal Digital Assistant (grosso modo un robot qui met des prunes) afin d’éviter les magouilles pour faire sauter les amendes. « Il faut faire respecter la loi, c’est fondamental… nous ne pouvons laisser des zones de non-droit s’installer. Et il faut aller très vite dans cette récupération de l’espace public. Même si tout ça revêt un caractère pionnier, nous n’avons pas le temps pour expérimenter le concept. Si on récupère l’espace public et que les piétons ne l’occupent pas aussitôt, la pression automobile revient aussitôt. »

A Pontevedra, les parents laissent leurs petits écoliers aller seuls à l’école, en parfaite autonomie… Pour beaucoup, ailleurs, ce chemin des écoliers semble être une douce utopie!

 

A SUIVRE…