Fin des années 50, Bernardo Trujillo lance la formule « No parking, no business ». L’homme était-il un visionnaire? Tout dépend de quel côté de la barrière on se situe… Considéré comme un demi-dieu par les fondateurs de la grande distribution, il reste l’exemple parfait des méfaits d’une religion, quelle qu’elle soit, sur le sort de l’humanité.

C’est lui le premier à affirmer le rôle essentiel des stationnements à proximité des magasins, comme le principe de perdre un peu pour gagner encore plus (« créer un îlot de perte dans un océan de profits. »)… si religion lui colle à la peau, c’est bien celle des marchands du temple. Parce que oui, le gars est bien celui qui a assis le principe même de la surconsommation, chapelle à priori indispensable à la survie de l’Humanité. A considérer toutefois que le Messie des caddys prêchait pour le commerce en périphérie des villes, et non pour les structures commerciales de centre-ville.

Mais ça, qui s’en souvient encore? Qui fait encore l’effort de mémoire pour faire ressurgir le fantôme de Lecorbusier qui, dès les années 20, met en garde sur le danger de la voiture en ville, sur sa dangerosité, sur son aspect polluant. Les « véhicules mécaniques » ne font pas partie de la cité idéale! Et ceci dès 1933, étant même accusés de « gêne pour la circulation. » Mais depuis, il y a eu du goudron à couler sur les routes.

Commerces et transports alternatifs: la logique du tiroir caisse

Lundi 5 décembre, des commerçants manifestent à Grenoble. La raison de leur colère? La municipalité a pour projet de développer une autoroute à vélo et de « confiner » les automobilistes en dehors de la périphérie de la ville. C’est à priori un coup dur pour les commerces qui n’associent pas le cycliste à un consommateur. A croire que le Mercanti ne s’accomplit que dans les particules fines, ne réfléchissant pas à deux fois quant à contrebalancer la santé publique et son tiroir caisse. Le commerçant n’est pas croyant quant aux déplacements dits alternatifs. Les Chambres de commerce et d’industrie, de même que les associations de commerçants, se crispent sur un modèle commercial passéiste, minimisant les effets pervers de la pollution inhérente à la circulation des automobiles, se refusant à lier une baisse d’activité avec  les nouvelles formes de commerce en ligne et l’impact de la crise… On préfère se laisse penser que le cycliste, le piéton ou l’utilisateur de transports en communs n’est pas le bon client… alors que l’étude de cas prouve largement le contraire (Impacts économiques de piétonisation à Lille.

Dans ce cas précis, le constat est clair: le piéton, ou le cycliste, est un consommateur régulier, qui consomme autour de chez lui, en priorité, et de façon régulière. L’automobiliste est définitivement considéré comme un acheteur furtif, passager et occasionnel parce que lui même va fuir le centre ville puisqu’encombré et peu propice à la circulation. Ce dernier est souvent un habitant de périphérie, privilégiant ses gros achats dans les centres commerciaux de périphérie, comme les hypermarchés. Pour lui, le centre ville est plus considéré comme une destination de loisir, un lieu de pérégrination… Là, ce sont les rues piétonnes qui deviennent le terrain propice à leur escapade urbaine… et non les grands boulevards encore dédiés à la toute puissante automobile.

A suivre…