Le TrUc, c’est le terrain de rencontre de l’ubac culturel. Acronyme siglant l’initiative associative d’une troupe de théâtre amateur qui joue « songe d’une nuit d’été » le 14 janvier, à Tinténiac. Pour précision, l’ubac, c’est la face nord du versant d’une montagne, celui qui bénéficie de la plus courte exposition au soleil…

 

« A Tinténiac, il n’y avait pas grand chose à part des bals, des lotos et du théâtre de vaudeville. Plusieurs personnes désireuses de présenter des arts vivants, des concerts avec une notion de qualité se fédèrent et créent l’association le TrUc. » La structure place tout de suite la barre haute avec la création d’Ubu roi, de Jarry. La compagnie veut avant tout présenter du répertoire de textes anciens, voire classiques, mais moderniser la mise en scène et l’interprétation : « nous sommes une compagnie amateur et nous pouvons nous permettre de prendre énormément de libertés. » Reprenant le thème du théâtre à la roulotte, la compagnie joue autrement, privilégiant les scènes improvisées, les jardins et parcs de particuliers, dans d’ancienne granges ou dans les salles des fêtes depuis longtemps désertées de telles initiatives… Jouer ailleurs que sur les scènes institutionnalisées pour surprendre et amener la comédie et le théâtre aux gens : « il nous semble important de présenter ce genre de répertoires dans le milieu rural. D’habitude, ce genre de représentation semble réservé aux scènes nationales et subventionnées… on confine volontiers le milieu rural au théâtre de boulevard. C’est très réducteur et jacobin. »

Et l’initiative fonctionne ! Certains particuliers n’hésitent pas à ouvrir leur jardin, leur maison pour accueillir ce TrUc. De même que certaines communes du bassin rennais :  » quand nous avons présenté la création de Dom Juan à La Boussac, on a eu plus de 70 personnes… ça semble peu mais ça représente une bonne partie du village . A l’ADEC, nous avons eu 200 personnes. Le pourcentage est éloquent ! » La compagnie n’a pas de subventions et pratique l’entrée libre, à savoir que les spectateurs donnent au chapeau, selon leurs moyens et leur indice de satisfaction. L’association peut cependant compter sur un local de répétition prêté par la mairie de Tinténiac, confort indispensable pour les 15 comédiens. Comme toute structure associative, le TrUc fonctionne avec un comité d’administration composé de 5 personnes mais l’ensemble de la troupe met la main à la pâte quand il s’agit de préparer une création : » Nous sommes comme dans une grande famille, une véritable bande d’amis, un vrai réseau social. Parmi les 15 comédiens, chacun à son savoir faire… dans la troupe, il y a des électriciens, des couturières, des menuisiers, soudeurs, ce qui fait que nous sommes complètement autonomes en terme de régie. Même les musiques utilisées dans les créations sont originales puisque composées par la femme du metteur en scène. Au point de vue logistique, nous sommes assistés par 3/4 personnes qui s’occupent notamment de la restauration et des « à côté. C’est un aspect indispensable que d’être bien entouré, d’être assisté pendant les représentations… Tout ce dynamisme, cela représente beaucoup de travail. Nous sommes à une dizaine de représentations par an et nous tournons les spectacles pendant deux ans, ce qui veut dire que l’on répète une nouvelle création tout en continuant de jouer la précédente. Nous sommes amateurs, ce qui vent dire que l’on tous notre travail à côté. »

Actuellement, la troupe tourne « songe d’une nuit d’été » de Shakespeare. Répertoire pas des plus aisés et qui confirme l’ambition de la jeune compagnie : « nous avons une exigence importante sur le jeu des acteurs, sur les décors, sur la musique… Mais nous gardons toujours une liberté d’amateur, cette légèreté qui nous permet de tenir et de persévérer. Nous connaissons une ambiance extraordinaire, très familiale et inter-générationnelle. Le plus beau retour, c’est que les enfants des acteurs veulent intégrer la troupe plus tard. »

Dans les cartons, la compagnie a plusieurs projets, notamment celui de jouer dans les collèges ou lycées, comme ça va être le cas prochainement au lycée de Combourg : « la compagnie a 10 ans et a plein de projets autres… jouer en dehors de la Bretagne, par exemple. Nous jouons aujourd’hui principalement dans la région parce que la logistique est coûteuse. Nous amenons notre propre système de sonorisation, nos décors ainsi qu’une vingtaine de personnes. De toute façon, nous avons encore beaucoup de choses à faire dans la région. »