Nommé silver économie en France ou matière grise au Québec, le marché des Seniors expose ses veines aurifères aux yeux du monde de l’innovation… et déclenche une fièvre numérique.

 

Silver, pour ces chères vieilles têtes grises, qui se teintent de bleu ou de mauve, c’est selon. Mais aussi pour l’aspect monétaire, parce qu’il y en a un. Certain ! D’ailleurs, les francophones outre Atlantique osent le terme de « matière », on n’est pas très loin de marchandise. Bref, vous l’aurez compris, le monde n’est pas devenu humaniste du jour au lendemain… on ne se prend pas tout d’un coup à penser à nos « vieux » avec l’œil amouraché mais le « miracle » des maisons de retraite a fait long feu, c’est plus très tendance. Le terme d’EHPA (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées) est d’ailleurs beaucoup plus sociologiquement correct, comme un à plat moderne qui cache bien les choses. Euphémisme de bienséance.

 

Vieillissement de la population, vieillissement du consommateur.

En mai 2010, le CREDOC (Centre de recherche pour l’étude des conditions de vie) lance une étude qui estime que les plus de 60 ans disposent de revenus plus de 30% supérieurs à la moyenne nationale et ceci pour 2015. Autant de super consommateurs en puissance, avec un bon niveau de vie, une meilleure santé de nouvelles envies et du temps libre à foison, ça attire les convoitises et ça demande de l’organisation. Premier point à améliorer, celui du consommateur ringard, de l’aîné largué dans son époque dont il ne comprend plus les codes. Vision obsolète. Maintenant, les retraités vont au concert des Stones, font de la varappe et regardent des films en 3D. Toute une imagerie de la population vieillissante qui doit changer, tant dans la perception des « plus jeunes » que dans les notions de produits. Tout reste à faire, tout reste à inventer, c’est comme un nouveau monde de consommateurs qui vient d’être mis à jour.

Faire croître les emplois à mesure de l’accroissement du nombre d’aînés, développer du service tant dans le domaine de la santé, des transports, du numérique, de l’amélioration de l’habitat ou du loisir, c’est un régal pour le gouvernement qui voit ainsi une possibilité de conjuguer le plein emploi et la création d’entreprises. En haut lieu, on décide de taper fort. La silver Valley est donc créée. Fort de son implantation jacobine, le réseau se surnomme « écosystème du mieux vieillir » et en appelle à la mission gérontologique numérique. Aux dépens de certaines entreprises précurseuses déjà implantées dans les milieux ruraux… C’est un peu la foire d’empoigne, comme au temps de la ruée vers l’or. Premier arrivé, premier servi ! Et on assiste à des manques d’interopérabilité entre les produits innovants. Avouez que dans une sphère du tout numérique, le bât blesse.

 

Silver économie, un mythe ?

La très régulière comparaison de la silver économie comme d’un nouvel  Eldorado  n’est pas là pour apaiser le doute. Si l’Eldorado fait parti de l’Histoire, c’est de par son aspect mythologique et non sa véracité géographique… il symbolise la méconnaissance et la soif immodérée de l’homme pour l’or et le pouvoir. L’Eldorado n’existe pas, c’est une utopie, une réalité plus que fantasmée. Que faut il en déduire quant aux éventuels 300.000 emplois prévus d’ici 2020 ? Cette fameuse manne rêvée par toutes les start- up concernées ne serait qu’un mirage, un pays de cocagne inaccessible ? Non, pas forcément… si l’innovation numérique permettra bel et bien la création d’emplois, il faudra aussi compter sur les personnes ressources indispensables à la qualité de vie des « argentés », c’est à dire les infirmiers, les auxiliaires de vie et les aides à domicile. Secteur professionnel peu sexy mais inhérent au 3e âge, il réduit la fracture sociale. Fracture qu’on ne peut oublier au profit de ladite, plus moderne, plus numérique. Il faut que social et numérique se rencontrent.