Le monde associatif mue, se transforme… C’en est bientôt fini de l’asso à Papa, de l’association des joueurs de boules à la Bourboule et des traqueurs de cochonnet, on rentre de plein pied dans une ère nouvelle, celle de l’activité associative salariée et non bénévole… Fi de l’engagement citoyen, on « va » dans l’associatif parce que c’est un moyen supplémentaire de se trouver un boulot, on n’y rentre plus par convictions ou vocation, mais par intérêt…

 

Professionnalisation d’un secteur anciennement déconsidéré…

C’est sûr qu’en même temps, le monde associatif connaît une professionnalisation importante, un rajeunissement et un remplacement progressif des « instances socio culturelles » qui ne brillaient que par leurs « réunionites » et leurs grands travaux beaucoup plus éoliens qu’effectifs… Maintenant, on voit débarquer des diplômés sciences po, des ingénieurs, des politiciens en devenir, des politicards sur le retour, encore des diplômés sciences po, des thésards, des maîtris-és et des irréductibles frondeurs, des opportunistes de tous poils et des chauves écologiques, des journalistes pigistes, des communicants qui ne pigent rien et des journalistes communicants, qui confondent publi reportage et articles bons pour la publication… La cohorte est longue pour envahir un secteur qui porte comme fourragère des valeurs sociales et solidaires… Vous avez dit « engagement associatif » ?

Donc, qu’est ce qui ressort de tout ça ? Toutes ces jeunes têtes bien pensantes, bien formées, bien éduquées vont souffler un vent de renouveau sur une sclérose communautaire, apporter une technique où l’instinctif prédominait, un savoir faire de théoricien…Il faudra donc faire sa place, lutter pour imposer de la modernité dans un milieu somme toute traditionnelle, bousculer des codes établis depuis des lustres… cela n’ira pas sans heurts ! De l’insolence des jeunes diplômés et de leur technicité irréprochable à la suffisance des « anciens » et leur connaissance du terrain, il y a un monde qu’il faudra reconstruire en conjuguant tous ces savoirs, reconstruire une synergie qui peut devenir exemplaire et qui saura apporter un réel service… sans trop se servir sur la bête…

Une disparition de certaines valeurs…

Les associations se doivent de faire montre d’une réelle expression citoyenne, tout en positionnant des jalons sur le raffermissement du lien social et de la mutation des intérêts individuels en intérêts communautaires… Pas évident aujourd’hui de garder une démarche philanthropique alors que l’aspect financier est au centre de tout. On ne se nourrit pas d’idéaux et de démarche solidaire, il faut construire son projet associatif en respectant les cases, projeter assez loin pour répondre à un besoin et rebondir sur le train des subventions… on est dans une notion de service, c’est certain, mais alors que le principe de l’innovation associative se doit d’être basé sur la détection de besoins nouveaux tout en agissant de façon élastique et initiatrice, elle se retrouvera forcément limitée de par sa préoccupation pécuniaire… Hélas !