Octobre 2012… La grand-messe VivaCité bat son plein. Parmi les propositions faites au public, un stand se dresse, bardé de bécanes numériques dernier cri…

 

Parmi ces dernières, un bidule non identifié avec une tronche expérimentale… « C’était la première fois que je voyais une imprimante 3D. J’ai tout de suite pensé à ma main ! »

Nicolas Huchet vient de découvrir les prémices du Lab Fab rennais. Le jeune amputé saisit l’opportunité au vol, décroche un contact et se retrouve 6 mois après au Lab Fab de la rue Hoche : « mon intention était simple. Me faire une prothèse simple et performante… Quand je dis « simple », c’est synonyme de « pas cher », c’est aussi de faire ça au local avec des gens aidants et conseillers et, surtout, de pouvoir la proposer au plus grand nombre. »

L’intention est tout d’abord personnelle mais aussi altruiste : « Je rêvais de créer une prothèse générique, très abordable financièrement. La prothèse, c’est quand même un truc de « bourgeois ». Plus t’as les moyens, plus elle est performante ! Il y a même des prothèses d’occase pour les plus démunis… c’est un sacré marché. Alors que le handicap, ça ne suit pas tout à fait les règles de la catégorie socio-professionnelle. Toutes ces nouvelles machines numériques démocratisées, ça redistribue un peu les cartes… en tout cas, ça m’a redonné de l’espoir. »

Un groupe de travail se met rapidement en place autour du projet de la prothèse. Nom de code : Bionico hand. Les bidouilleurs du dimanche côtoient des développeurs. Un ingénieur en aéronautique passe par là, il donne son avis sur les alliages de matériaux tandis qu’un électronicien dynamise un petit moteur… on pourra y adjoindre du fil de pêche pour faire bouger les doigts. « On était dans l’échange et la construction d’un nouveau modèle de fabrication, très coopératif, très ouvert et non théorique. On prenait ce qui marchait, avec un coût bas… tout le contraire des fabricants de prothèses. On aurait pu aussi bien prendre des pièces de Légo, rien ne nous arrêtait ! »

 

L’action gonfle, prend de l’ampleur, entame son survol au dessus de la ville puis prend une dimension internationale. Bionico hand devient le pseudonyme de Nicolas Huchet. Bon gré mal gré ? En tout cas, c’est médiatiquement imparable. Politiques, journalistes, chefs d’entreprise, tout le monde en parle. Nicolas Huchet, c’est la coqueluche du moment. Porte-étendard pour le Lab Fab rennais, pour les Lab Fab nationaux, voire même affilié à la French Tech, le nom Bionico Hand aurait fait vendre des baguettes à un chinois.

A partir de là, on rentre dans une surreprésentation (surmédiatisation) du gars Nico Huchet… ou plutôt de Bionico Hand : on le voit partout. Bionico en Inde, Bionico au MIT, Bionico en Une de Batteur Magazine, Bionico en Russie, Bionico et le crabe aux pinces d’or, Bionico et le sceptre d’Ottokar… De colloques en conférences, le gars fait le tour du monde, construit sa légende… il y en a même qui l’ont vu voler !

Heureusement qu’il avait prévu l’atterrissage : « Tous ces gens qui se mettent soudainement à s’intéresser à mon handicap, ça a été flatteur et ça m’a quand même beaucoup séduit… la bonne popularité, c’est jouissif… et dangereux. Mais j’étais bien entouré. »

Le profil homme sandwich finit par payer. Google casse sa tirelire et file un prix à la structure My Human Kit, association créée en janvier 2014 : « ça y était, Bionico pouvait commencer à s’effacer pour laisser apparaître Nico, la structure My human Kit, on allait pouvoir commencer le vrai boulot. »

 

My human kit, c’est une association loi 1901, avec un fonctionnement classique. Il faut attendre février 2016 pour l’embauche de son premier salarié, Nicolas Huchet, rejoint par Hugues Aubin en avril 2016. Un troisième larron va les rejoindre en septembre « pour les aspects techniques. C’est une dimension primordiale pour la réussite de notre projet. L’association veut promouvoir le développement et l’aide technique aux handicaps pour et avec les personnes concernées, d’une manière collaborative et partagée et pour le plus grand nombre. »

Les différents champs d’action de la jeune structure passe tout d’abord par la création d’un lieu identifié, un « human lab ». Vient ensuite la formation de la personne demandeuse, avec un accompagnement sur projet. La personne porteuse d’handicap devient le centre de gravité du projet, elle devient elle même porteuse du projet : « sans implication, pas de projet. Nous sommes dans un projet humain, humaniste, on replace l’Homme au cœur du projet. Le but est d’utiliser la technique au service de la personne, afin de mieux bâtir sa réinsertion, qu’elle soit professionnelle ou sociale. Là dedans, l’imprimante 3D, pour ne citer qu’elle, n’est qu’un levier, un outil. On prend exemple sur mon expérience personnelle. »

L’action va aussi se porter sur la réalisation et la mise en ligne d’aides techniques sous formes de tutoriels, en vidéos, photos… L’objectif ? Diffuser au plus grand nombre.

Le réseau des Lab Fabs va être mis à contribution pour permettre aux usagers d’utiliser la plateforme et ses outils, de même que les universités et les entreprises : « on ne veut pas limiter notre réseau. Tout est bon pour apporter des solutions au handicap! »