Surnommés « le fridge », « le petit Pantagruel » ou encore « libérez la bouffe », les frigos communautaires et solidaires fleurissent au Québec… et se remplissent ras la gueule aisément. Majoritairement déclenché par des initiatives personnelles, ces « croque- bouffe » savent apporter des solutions concrètes au gaspillage alimentaire et à l’insécurité alimentaire des plus démunis.

Même si l’équation semble simple à résoudre, ce n’est pas une évidence. Toujours autant de gaspillage alimentaire à travers le monde… et de plus en plus d’affamés! On estime aujourd’hui que 30% de la production mondiale va directement du champ à la poubelle, ce qui représente environ 750 milliards de dollars. Ce chiffre dépasse les frontières de votre imaginaire? Moi aussi. Et si on ramène la réalité à notre petite personne et à notre champ d’action possible, on estime que, annuellement, chaque français gaspille l’équivalent d’une soixantaine de repas… Le gâchis européen annuel peut sustenter un milliard de personnes. Là, ça vous parle mieux? Moi aussi.

Une initiative berlinoise…

L’association Lebensmittelretten, les sauveurs de nourriture, ont débuté leurs actions à Berlin vers 2011/2012… Initialement site participatif, la structure essaime rapidement des frigos à travers la ville, disponibles 24 heures par jour, 7 jours sur 7. D’échange de bouffe entre gens « connectés », les instigateurs descendent rapidement dans la rue pour investir l’espace public et apporter ce principe de don à une communauté demandeuse. Aujourd’hui, plus de 1700 bénévoles visitent régulièrement plus de 1000 supermarchés ainsi que des centaines de « petits » commerçants afin de récupérer pains, plats préparés ou fruits et légumes considérés comme invendables. Invendable ne veut pas dire inconsommable! La règle du frigo en libre service, c’est qu’on n’y dépose que ce qui est mangeable et ce que le donateur, lui même, consomme. Pas de denrées débectantes, pas de viandes ni de poissons pouvant être source de contamination alimentaire, seuls les produits sains sont acceptés. Règle d’or très certainement respectée puisque, depuis la  mise en place, aucun problème sanitaire n’a été relevé.

Montréal: coup de froid sur la Bouffe.

Le frigo pionnier au Québec, c’est le « Fridge de Petite Patrie », installé depuis le printemps 2015 dans les locaux de l’organisme communautaire La Place, parc Montcalm. Directement scanné sur l’initiative allemande, le premier frigo communautaire montréalais rencontre un vif succès dès sa mise en place. Près de 4000 internautes en soutien et une centaine de personnes intéressées pour apporter une aide  bénévole, sans compter les dons des commerçants du quartier Rosemont, que ce soit cafés, boulangeries et supermarchés. Une bonne communication a été mise en place dès l’ouverture du Fridge, pour être certain que les principaux intéressés, ceux qui ont faim et qui souffrent de la précarité, soient mis au courant. Pas forcément les plus actifs sur les réseaux sociaux. Il a même été envisagé des coursiers à vélo pour distribuer des aliments aux gens qui « n’osent pas »… Peur du regard, peur du jugement, la société peut être vicieuse et la fierté reste un rempart.

Cet automne, le petit Pantagruel a fait son entrée au panthéon des frigos communautaires. Alfred Jarry en a fait un opéra-bouffe… aujourd’hui, le « petit » ogre devient un frigo à victuailles. Croque-bouffe, on vous disait. La librairie-atelier La flèche rouge, quartier Hochelaga, abrite le réfrigérateur libre service « à l’issu d’un atelier sur la sécurité alimentaire où l’on a causé notamment de gaspillage alimentaire et de consommation intelligente. » Pendant l’événement, les 75 participants ont été nourris avec les dons des commerces environnants. L’implantation du frigo partageur a été décidé dans la foulée. Depuis, le frigo est rempli et vidé une fois par jour avec des relais d’informations via le bouche à oreille entre les différents organismes communautaires, avec les brigadières scolaires du quartier et par les réseaux sociaux en ligne.

Le Fridge Amherst est situé à l’entrée du centre communautaire de loisirs Sainte Catherine d’Alexandrie. Implanté depuis la fin de l’été, il est ouvert pour l’instant trois jours par semaine. Bien approvisionné par une communauté bénévole, le « réfrigérateur social » contente une population demandeuse.

En France, une association originaire de Nancy oeuvre contre le gaspillage alimentaire en proposant des rencontres et un réseau social. Le système semble fonctionner entre voisins et communautés sociales diverses. Reste un grand flou par rapport aux pertes des grands gaspilleurs, commerces et supermarchés… La récupération de marchandises invendues reste un phénomène marginal quand elle n’est pas interdite.