L’association Mathi est née en 2015, à Rennes, avec pour objet l’accompagnement et l’insertion sociale des personnes porteuses de Troubles du Spectre Autistique.

 

Mathi, c’est Mathieu, jeune autiste né à Reggio Emilia, en Italie. La ville italienne est bien connue pour ses projets éducatifs innovants : « Reggio Emilia est reconnue pour ses programmes expérimentaux en ce qui concerne les TSA (Troubles du Spectre Autistique). Tout le monde travaille en réseau, de l’école aux parents en passant par une coopérative de psychologues… il n’y a pas de déscolarisation à l’école en Italie, contrairement à la France où 80% des enfants porteurs de TSA ne sont pas pris en charge par l’école. » Très mauvaise surprise pour Gino Verrelli, père de Mathieu et fondateur de l’association, dès son arrivée en France : « nous étions très bien entouré et Mathieu était parfaitement inséré et épanoui jusqu’à notre arrivée en France. Et là, ça a été un choc de découvrir que la méthode de l’ABA (Applied Behavor Analysis) n’en était qu’à ses balbutiements et que les personnes porteuses des TSA étaient en exclusion complète des systèmes d’apprentissage… On en est encore à « soigner les autistes » dans des hôpitaux psychiatriques avec des médicaments. »

Cette méthode ABA, c’est l’analyse appliquée du comportement, une méthode basée sur une démarche scientifique qui utilise les principes de la recherche fondamentale. Elle met en exergue que tout enfant apprend naturellement par les relations qu’il entretient avec son environnement physique et social : « Cette méthode est reconnue par les organistes mondiaux de la Santé et malheureusement combattue par certains lobbies… La France accuse 30 ans de retard sur le sujet, n’ayant que très peu de psychologues BCBA, qui sont des spécialistes de la méthodologie appliquée ABA. Et pourtant, l’autisme est une urgence sanitaire ! Un enfant sur 100 qui naît en Europe est autiste. Les raisons peuvent être génétiques ou environnementales, avec les problèmes liés à la pollution, vaccins, métaux lourds ou bien sûr l’alimentation qui peut être un facteur déclencheur de l’autisme. »

 

L’inclusion et non l’intégration

Comme annoncé plus haut, 80% des enfants autistes sont déscolarisés en France : « Il n’y a pas de reconnaissance de l’exclusion par l’Education Nationale… Tout dépend des équipes éducatives et de la volonté du directeur de l’école. En tout cas, il n’y a pas de politique commune sur l’inclusion des porteurs de TSA donc les accompagnateurs de vie scolaire n’ont pas de formation adéquate. Même si dans certains cas, il y a une réelle volonté de la part de l’équipe éducative. Nous refusons le terme « intégration » parce qu’il est lié au handicap. Celui d’ »inclusion », nous le plébiscitons, c’est l’école pour tous et l’égalité des chances. »

La jeune structure veut ainsi influer pour essayer de reproduire ce qui se passe en Italie. En ce qui concerne l’inclusion à l ‘école, l’association se mobilise régulièrement pour apporter des solutions aux parents d’enfants autistes, n’hésitant pas à faire venir des psychologues d’Italie qui observent et apportent des conseils d’éducation. : « Nous sommes une association constituée à majorité de parents mais nous cherchons des expériences innovantes. Nous avons besoin de compétences pour pouvoir mieux appréhender le sujet… ça sous entend qu’on a besoin d’autres ressources que nous, parents d’autistes. »

 

Un vrai bistrot italien avec salle pédagogique.

L’autre projet fort de Mathi, c’est l’inclusion professionnelle. Le moyen, créer un lieu de restauration avec salle pédagogique pour les adultes autistes : « nous cherchons actuellement un local d’environ 200 m2 pour faire un vrai bistrot italien, avec service de restauration et traiteur. Un salle pédagogique va servir à former de jeunes autistes au métier de la restauration afin qu’ils puissent évoluer dans le monde du travail dans un espace ordinaire mais accompagnés par du personnel (bénévoles ou éducateurs) formés en analyse appliquée du comportement. Pour la première année, nous avons besoin d’aides, que ce soit par un système de subventions publiques ou mécénats… il faut lancer l’activité. Pour la 2e année, nous pouvons être facilement à l’équilibre par la transformation et la vente des produits cuisinés. A la 3e année, nous devons être en mesure d’investir dans le projet avec un esprit coopératif, c’est à dire réinjecter tout ce qu’on gagne dans la structure. Pour nous, c’est un excellent moyen pour communiquer, pour briser les tabous quant à l’autisme. Et l’inclusion professionnelle est primordiale, surtout quand on sait que seulement 10% des personnes porteuses de TSA réussissent à trouver un emploi. »

 

Quand au douloureux sujet de la discrimination dont sont régulièrement sujets les personnes autistes : « nous avançons pas à pas pour faire respecter les droits, mais c’est malheureusement lent et compliqué, avec une méconnaissance profonde de la part des institutions. Nous parlions plus haut du système scolaire peu formé et peu enclin à adopter de nouvelles formes d’éducation. Mais les avancées se font, non sans heurts et moments douloureux pour les familles. Moi et Mathi avons d’ailleurs eu un problème dernièrement à la piscine de Cesson Sévigné. Un refus d’inscription sur un stage de natation. Le défenseur des droits a été saisi et nous a donné raison. C’est une victoire et cela donne de la jurisprudence. »A lire la décision du défenseur des droits

Depuis, Mathieu va à la piscine… de Châteaugiron!

Le site de l’association Mathi