Première bibliothèque d’outils du Québec, la Remise est une coopérative de solidarité à but non lucratif qui promeut le partage d’outils, de connaissances et de savoir-faire.

À première vue, on pense instantanément aux LabFabs, laboratoires de fabrications, dont se bardent les « territoires numériques »… un local avec du matériel à disposition et des bénévoles pour vous accompagner dans vos tâches, voire pour vous former à l’utilisation d’outils spécifiques. Mais la Remise, ce n’est pas que ça!
Déjà, on peut faire le distinguo: le lab Fab va proposer des outils ou machines un peu plus spécifiques, comme l’imprimante 3D ou découpeuse laser, des outils plus « pros », plus marqués « fabrique ou usine », avec une notion de prototypage un peu plus accentuée. La Remise ne rentre pas pour l’instant dans une logique d’ingénierie, elle propose surtout un partage d’outils au plus grand nombre et dans un souci plus « domestique », de la machine à crème glacée à la sableuse, en passant par le chaudron à épluchettes de blé d’Inde ou le malaxeur à béton…

La remise, c’est donc une solution concrète pour diminuer l’impact sur l’environnement et mettre un frein à la surconsommation. Nombre de gens achètent des outils hyper spécifiques et coûteux qui ne servent que très rarement. Vous savez, le genre d’outils ou d’ustensiles qui servent une fois par an mais qu’on achète parce qu’on en a le manque (ou le besoin!) et qui finissent dans le fond de la cabane du jardin, ou à la cave, sous une pile d’autres objets utilisés de façon sporadique… Pourquoi acheter 100 scies sauteuses alors que 100 personnes peuvent utiliser la même? De ce fait, le système de location est un atout s’inscrivant parfaitement dans l’économie du partage tout en minimisant son empreinte écologique.

Un succès populaire

La jeune coopérative rencontre un vif succès dans son arrondissement de naissance, le quartier Villeray. Pas loin de 500 outils sont disponibles et plus de 1000 emprunts ont été effectués par les adhérents en seulement quelques semaines. Sur les 500 matériels déjà disponibles, on peut compter 95 % de dons, un peu de seconde main et de très rares outils achetés neufs. L’objectif? 1000 outils pour la fin de l’été, début d’automne. Objectif qui devrait être atteint haut la main: « Avec notre campagne de pré abonnement, nous en sommes à plus de 250 membres. On vise 300 pour la fin de l’année. Nous recevons tous les jours de nouveaux dons et de nouvelles propositions de bénévolat. Et avec tous les dons et certaines acquisitions que nous allons faire durant l’été, nous atteindrons les 1 000 outils prévus. » confie Blaise Rémillard, membre fondateur et responsable de la Remise.

Afin de louer un local et l’aménager, la coopérative a lancé une campagne de financement participatif via indiegogo et a remporté 23.864 dollars canadiens en un mois (sur un objectif de 22.000). La Remise devient ainsi la bibliothèque d’Amérique du Nord qui a fait la plus grosse campagne de sociofinancement jusqu’à aujourd’hui. Et c’est une chance, parce que les subventions publiques n’ont a priori pas été à la hauteur des espérances de la jeune équipe.

Entraide et atelier intergénérationnel

En dehors de la location d’outils, la Remise propose également des ateliers thématiques et des formations, tout ce qu’il faut pour faire de l’endroit un lieu d’échange de savoir. Que ce soit le jardinage, menuiserie, tricot, artisanat, bricolage domestique ou réparation de produits électroniques, les gens se rencontrent par centre d’intérêts, le lieu favorisant les rencontres et les échanges tout en créant du lien social. Ici, c’est un retraité qui conseille sur les rudiments de la menuiserie… demain, il suivra un atelier sur l’installation d’un logiciel anti virus. La Remise propose d’ailleurs deux espaces communs à « thème »: l’atelier « sale » et l’atelier « propre ». Le premier est divisé en deux zones, l’une pour le travail du bois et l’autre pour les réparations de vélo. Le deuxième est pour la couture, l’électronique et les bricolages divers.

Une centaine de biblio d’outils en Amérique du nord

Même si La Remise est la première bibliothèque d’outils au Québec, elle s’est largement inspirée de la Toronto Tool Library, ouverte en 2002. Cette dernière propose sensiblement les mêmes services avec en plus des ateliers « labfabs », avec imprimante 3D, découpeuse laser etc, le tout proposé sous l’appellation « Tool Ninja ».

La toute première initiative dans le domaine, c’est la ville de Columbus, dans l’Ohio, qui en a la primeur. En 1976! Depuis, l’idée germe un peu partout sur le territoire nord américain. On en dénombre 65 aux États Unis et 22 au Canada. Les plus anciennes structures ont souvent évolué en « Makerspaces », proposant du découpage laser et de l’impression 3D. En Europe, on compte une dizaine de structures semblables, dont la moitié en Suède. Pour l’instant, aucune n’a été recensée en France. Est ce à dire que la conscience collective est plus longue à se réveiller? La France semble, pour le moment, basée sur l’économie du « Moi » plutôt que sur l’économie du « Nous », à savoir distinguer besoins et souhaits.

Saviez-vous qu’une perceuse est en moyenne utilisée 90 secondes par an?