On estime à environ 5000 le nombre de monnaies locales à travers le monde. Qu’elles soient virtuelles ou palpables, elles rivalisent d’ingéniosité pour booster l’économie locale.

Martin Zibeau et Patrick Dubois, initiateurs d’une coopérative communautaire de Carleton sur Mer (Baie des chaleurs, Gaspésie), font la rencontre d’un touriste originaire de Nantes. Ce dernier leur évoque les différentes monnaies exclusivement locales qui se sont développées dans son environnement propre (La SoNantes, le Ret’zl et le Confluent). L’idée résonne dans la tête des deux gaspésiens, fortement impliqués dans le communautaire solidaire et amoureux fous de leur « pays ». Ils voient là un moyen original de créer un réseau bancaire social, largement basé sur la promotion de l’économie locale gaspésienne. Même si l’objectif reste la plupart du temps symbolique, cela reste une façon de faire évoluer et réfléchir à sa consommation et de changer le système d’achat. La création d’une monnaie alternative, sa mise en circulation, son impression ainsi que la création d’une réserve de fonds, ça demande du temps et de l’investissement… et les deux compères ont envie d’aller vite. Ils décident de « créer » le Demi, un billet usuel de la Banque du Canada coupé en deux. L’idée est simple et elle est légale. Un billet de vingt dollars coupé en deux, ça devient dix dollars, la même chose pour les cinq et dix dollars. Les billets coupés en deux, ou Demi, ne sont acceptés que dans la région de la Baie des Chaleurs et la monnaie alternative perd sa valeur d’échange en dehors du réseau gaspésien.

Une monnaie hyper locale

Pour le moment, le mouvement s’étend tranquillement, avec l’adhésion de certains commerçants et de consommateurs intéressés par la démarche originale. Interrogés, les deux instigateurs  précisent: « c’est une monnaie qui n’est pas faite pour être économisée mais pour un fond de roulement régulier, pour les dépenses au jour le jour. Pour le moment, c’est un fonctionnement par le bouche à oreille mais si j’achète avec le Demi chez un commerçant, j’ai sa promesse tacite qu’il va le dépenser au local. »

Mieux consommer

Implicitement, le Demi gaspésien force le consommateur à consommer plus local et de façon plus écologique, plus bio. Pas question d’aller dépenser ses demi-dollars dans un supermarché qui ne prend pas la monnaie alternative… les consommateurs vont donc aller chercher des produits faits sur place, par des producteurs du coin, renforçant donc la notion de circuit court .
Certains adeptes de cette économie parallèle se voient ainsi devenir une banque à eux tout seul: « quand je reçois mon salaire, je décide de mettre dix pour cent de la somme en Demi. J’injecte donc dans l ‘économie locale une certaine somme d’argent que j’ai moi même fabriqué. Je me sens plus investisseur avec un but altruiste que consommateur de supermarché avec ma carte de crédit. »

La légalité du geste…

Il n’est pas illégal de couper, ou d’endommager de quelque façon que ce soit, la monnaie canadienne. Seules certaines inscriptions peuvent éventuellement nuire à la lecture et donc à une bonne sécurité dans l’échange de la monnaie. Le Demi ne pourra donc pas être échangé en banque, sauf s’il retrouve sa douce moitié, avec le même code numérique. Recollé, le billet pourra à nouveau retrouver son intégrité et voyager à travers le pays. Il est à noter que le Demi est extrêmement dur à contrefaire alors que ce n’est pas souvent le cas avec les monnaies alternatives.

En mars dernier, la disparition de Léonard Nimoy avait laissé ses nombreux fans canadiens le coeur brisé. En forme d’hommage, ces adorateurs de Spock avaient « déguisé » Wilfrid Laurier, ancien premier ministre canadien présent sur les billet de cinq dollars, en lui rajoutant des oreilles, des sourcils et une coupe de cheveux à l’identique du plus célèbre des (demi!) Vulcains.