On pensait que le deux fois bicentenaire vélocipède était rendu, fini, rouillé à tout jamais au fond de la cave de la tante Yvonne. C’était bien mal connaître l’animal. A peine exposé dans les musées, le voilà tout gaillardement resurgi, embrasant le marché du déplacement alternatif.

 

Pas loin de trois millions d’exemplaires vendus en France chaque année. Le vélo supplante la voiture en terme de ventes. C’est relativement nouveau et c’est tant mieux. Devant cet engouement, engendrant une autre façon de se déplacer (de penser), il conviendra de faire de la place sur les routes. Et pas que pendant le tour de France.

Une association missionnaire.

La petite Rennes porte haut et fier l’évangile selon St Bicycle. Association créée en 2011, la jeune structure assure le train. Depuis ses débuts, l’association rennaise a touché plus de 2000 membres : « nous avons actuellement 765 adhérents, ce qui constitue le premier poste de financement. » déclame fièrement David Piederriere, le président de la petite Rennes. « Pour 20 euros d’adhésion annuelle, l’association propose à ses membres un atelier de réparation et d’entretien… Atelier associatif, participatif et solidaire où vous êtes encadré par le salarié responsable d’atelier. On ne fait pas pour vous, on fait ensemble. L’aspect formation est important et plus pérenne. Entretenir son vélo, c’est assez simple et l’aspect « fais le toi même » est important. » L’atelier est situé rue Chicogné. Un véritable atelier de vélo, avec tous les outils propices à la réparation et à l’entretien, des pièces de toutes sortes à prix libres, des vélos d’occasion en vente et les précieux conseils pour soigner sa fidèle monture. « Une de nos actions, c’est la vente de vélos usagés. En France, il y a plus de 1,5 millions de vélos jetés par an… c’est fou ! Nous, les « vieux vélos, on les récupère et on a créé un chantier de réinsertion avec un CAT de Thorigné Fouillard où l’on répare et bichonne les vieux clous. En 2015, on a recyclé 120 vélos, qui ont été revendus par l’association. Ce n’est pas rien ! Ces ventes ont un impact positif pour la structure, jusqu’à générer 16.000 euros en revente. Tout ça avec du matériel balancé… ça aide à payer nos deux salariés. Pour 2016, on fait une étude expérimentale sur 250 vélos. Si ça marche, on aura de l’espoir sur la pérennisation des postes. Ce qu’il y a d’incroyable, c’est que nous sommes les seuls à le faire alors qu’il y a un réel marché. »

Et de l’intérêt d’acheter un vélo d’occase ? « On vend nos vélos aux environs de 100 euros… comme chez Décath… mais les nôtres sont réparables facilement et c’est de la meilleure camelote. Même s’ils sont anciens, on trouve toujours les pièces, même si c’est du vintage. Ce qui est assez incroyable, c’est qu’en France, les vélos ne sont vraiment pas chers par rapport aux vélos hollandais, par exemple… et malgré ça, le vélo est moins populaire. Les français acceptent de mettre énormément d’argent dans une voiture mais pas dans un vélo. Donc on achète des vélos de supermarchés, difficilement réparables… on jette ainsi beaucoup. »

 

Rennes, ville cyclable ?

« En tout cas, il y a une dynamique ! 765 adhérents, c’est qu’il y a un intérêt de la part des rennais… et ils aiment l’économie collaborative. Après, en terme de déplacements, Rennes est une ville formidable parce que c’est plat, c’est très ouvert pour faire du vélo. Il faudrait plus d’implication de la part des services publics, plus de respect de la part des automobilistes et des autres déplacements plus agressifs. Les usagers de véhicules à moteur considèrent très souvent la bande cyclable comme un arrêt minute, sans se rendre compte de la dangerosité pour les cyclistes. Aux niveaux des élus, le vélo est trop souvent considéré comme une vitrine de communication et non comme un art de vivre… La réponse « vélo » de Rennes Métropole, c’est le Vélo Star : 2500 euros par an et par vélo pour l’entretien ! Avec impossibilité de récupérer éventuellement des pièces usagées, qui doivent être jetées inutilement parfois (souvent).  Il y a 900 Vélos Star, faites le calcul… »

Il est vrai que l’incompréhension reste grande quant à la place du vélo en ville. Prenons l’exemple du centre de Rennes où il reste toujours périlleux de se déplacer à bicyclette. Pistes cyclables mal identifiées sur les pavés, automobilistes toujours pas affranchis sur l’autorisation du double sens de circulation pour les vélos « jusqu’à être obligé de monter sur les trottoirs pour éviter le crash. » Le gain en terme d’écologie, de nuisances sonores, de pollution visuelle n’est pourtant plus à prouver. Même l’impact sur l’économie des commerces est bel et bien là : un cycliste, ça s’arrête où ça veut, quand ça veut… pas besoin de tourner 20 minutes pour trouver une place… payante !

Quand la Ville de Rennes organise des campagnes de communication avec le Carré rennais pour favoriser la fréquentation des commerces, elle distribue des billets de bus, de métro et des places de stationnement mais rien pour les clients cyclistes. Pour « renforcer l’accessibilité au centre ville », on englue, on bouchonne et on créé  des zones déshumanisées. C’est pourtant là une occasion incroyable de communiquer sur les déplacements alternatifs comme le vélo et de renforcer son rôle au sein même de la ville.

Dans ses projets, la jeune structure est avant tout désireuse de consolider ses emplois, puis réfléchit à un vélo-école « pour apporter une formation aux cyclistes… on est sur la route, il faut bien connaître le code pour le respect des usagers. Mais pour ça, il faut un lieu avec de l’espace. Notre atelier de la rue Chicogné est plus qu’encombré. Nous sommes victimes de notre succès. Et il faut trouver des partenaires financiers, voire créer un vrai réseau entre associations. Une maison du vélo est à l’étude à Rennes mais nous ne sommes pas trop sollicité pour le moment… Nous avons pourtant un rôle de consultants et d’experts quant aux déplacements sur Rennes Métropole. Nous sommes des usagers impliqués »