Que serait le monde associatif sans bénévoles ? Qu’en est il aujourd’hui de cette forme d’engagement purement philanthropique ? Assorennes fait le point sur ces bienfaiteurs avec, à la clé, un entretien avec François Templé du festival de la Route du Rock…

Alors que le secteur associatif se professionnalise de plus en plus, allant même jusqu’à suppléer les pouvoirs publics, on assiste à un « tassement », à un vieillissement de la population bénévole… entendez par là un non- remplacement des « bénévoles actifs ». Est-ce le cas dans tous les domaines associatifs ? Non, certaines « branches » ne connaissent que peu ou prou de déficiences dans le domaine de l’engagement… Pour analyser un tant soi peu le bénévolat, il convient d’analyser les « différentes » populations qui peuplent cette terre de « volontaires ».

Je veux le bien…

Sémantiquement parlant, le bénévole est un être doué de bienfaisance, de philanthropie… Dans les faits, le bénévole est une personne qui donne de son temps sans retour financier et sans but personnel affirmé…si ce n’est la beauté de son geste désintéressé ! Cependant, la donne a changé… L’INSEE a identifié deux types de bénévoles : l’un, dit de type régulier, qui exerce une fonction bien particulière dans l’association et qui fait parti intégrante du fonctionnement de la dite association… Son activité est régulière et son rôle de « permanent » fait de lui une des chevilles de la structure. L’autre, dit de type occasionnel, ne remplit pas de rôle fixe et prédéfini au sein de la structure… Il se positionne plus comme « un joker », comme une forme de renfort sur certaines actions. L’ « occasionnel » n’a pas forcément de régularité, de présence forte au sein de l’association, il fait partie de l’entité de l’asso en épousant sa philosophie, il apporte un appui presque « idéologique »… : « Votre association m’intéresse, vos actions aussi… j’ai pas beaucoup de temps à vous consacrer mais je suis là au cas où… Tenez moi au courant… » Il convient aussi de rendre hommage à une autre « race » de bénévoles, le bénévole qui s’ignore ! Il ne se préoccupe pas de sa fonction propre au sein de la structure, il n’est même pas forcément adhérent, il est là par convictions personnelles et par engagement citoyen… Refusant toute forme d’engagement « écrit » ou « déclaré », il œuvre en électron libre et « donne » son savoir par soucis de solidarité et de « croyance ».

Bénévole bienfaiteur : Charité bien ordonnée…

Dans le caractère intrinsèque du bénévolat est fait notion de donner sans retour… Est-ce toujours le cas ? Alors qu’on parle de professionnalisation du monde associatif, il est logique de constater également une professionnalisation des bénévoles… L’un ne saurait évoluer sans l’autre, c’est un juste retour des choses ! Le bénévole peut, en effet, désormais s’attendre à la validation officielle de son expérience associative… Peut on taxer cette forme d’engagement d’opportunisme ? Oui et non… Le bénévole propose ses services ou son temps en échange d’une formation spécifique, d’une mise en réseau (dans le cadre d’une recherche d’emploi) ou de se tester dans le cas d’une première expérience professionnelle… On a là un véritable échange de services entre la structure, qui retire de ce cas de figure un élargissement de ses compétences, et le bénévole qui se teste ou progresse dans un cadre collectif et conventionné. Tout le monde y gagne et c’est bien là le principal… La réciprocité est un facteur déterminant dans ce type de relation et c’est plus sur cette base évolutive et actuelle que repose les nouvelles formes d’échanges… c’est peut être là la différence fondamentale avec « l’avant »… Oublié le caractère purement philanthropique du bénévolat associatif, je suis bénévole parce que je progresse ! Là sont peut être aussi les clés pour rajeunir ce terreau vieillissant… On n’est plus dans l’occupationnel post retraite, on est ou devient bénévole pendant ou juste après ces études pour les raisons citées plus haut, comme un passage, une initiation avant la « vraie vie »…

Une sénescence générale ?

Evidemment, l’entartrage associatif des bénévoles « grosses côtes de velours » n’est pas présent dans tous les domaines associatifs… L’adage « un barbu, c’est un barbu… Deux barbus, c’est des barbus… Trois barbus, c’est une asso » n’est plus d’actualité… Que ce soit dans le domaine culturel ou celui lié aux nouvelles technologies, on galère peu pour trouver des volontaires… L’exemple des grands festivals est plus que probant… On y trouve autant des bénévoles réguliers qu’occasionnels… Les réguliers étant d’anciens occasionnels qui, récompensés par leur assiduité et leur don de soi, ont su gravir une par une les marches de la hiérarchie du bénévole…

Interview avec François Templé, responsable régie pour le festival « La route du rock ». 

Comment devient on bénévole à « La route du rock » ?

Deux systèmes possibles. L’association favorise l’engagement lors des éditions précédentes, elle commence par contacter les anciens bénévoles. Ceci dit, les nouveaux visages sont aussi les bienvenus. Sur le site officiel du festival, les personnes motivées peuvent s’inscrire. Le lien « inscription bénévolat » redirige vers un formulaire à compléter avec des informations personnels et où on fait part de ses engagements précédents. Toutes les demandes sont traitées sur le même pied d’égalité.

Cependant, au tout début de festival, le recrutement se faisait par le « bouche à oreille »… Les copains des copains des copains… Avec le temps, il y a eu un noyau dur qui s’est constitué. « Un groupe très important » insiste François, « des gens sur lesquels ont compte beaucoup, qui fédèrent du monde autour d’eux, qui organisent beaucoup de choses pour la gestion des bénévoles, pour leur vie au sein du festival. D’année en année, ils ont réussis à créer une ambiance… Il y a même des gens du public qui nous demandent comment on devient bénévole pour « La route du rock ».

Quels sont les critères de sélection ?

Le premier est celui d’être majeur… Plus de dérogations parentales possibles ! Ensuite, vient la motivation… Les passionnés de musique sont bienvenus… Cependant, gare aux grands passionnés. Ils ont tendance à oublier leur mission première au sein du festival. L’implication est aussi une qualité requise. Il ne s’agit pas que de profiter que des bons côtés. L’association prend en charge le pass, l’hébergement, trois repas par jour et des tickets boissons.

Quels sont vos besoins ? Existe-t-il une différence entre le nombre de nouveaux et d’anciens bénévoles ?

Pour la « collection d’été » on marche avec, environ, six cent bénévoles. Pour celle d’hiver, on ne tourne qu’avec une cinquantaine… Déjà, on ne propose pas le camping. En plus, les lieux et leur disposition ne sont pas les mêmes. L’été, parmi les six cent bénévoles, il y a plus de la moitié qui postule pour la première fois.

Quels sont les postes proposés ?

Il y a une quinzaine de postes à pourvoir au sein du festival. Cela va du plus ingrat (ménage, parkings, surveillance du camping) en passant par la billetterie, la restauration, le bar, les « runners » (chauffeurs) chargés des courses et des artistes, accueil public, les loges, le plateau (son et lumière), la sécurité de la plage. Ainsi que des postes en amont et en aval du festival… Des plombiers, des électriciens et des mains pour le montage et démontage.

Qu’en est t-il du « copinage » pour les postes plus ou moins ingrats… ?

C’est vrai que le poste le plus visé est l’accueil artistes. Cependant, on garde toujours un œil sur le recrutement… On a envie de savoir qui va occuper le poste… On essaye de placer, avant tout, à des gens de confiance pour être sûr que tout va bien se passer… Pour que cela ne devienne pas un souci supplémentaire sur place.

Faut-il des compétences particulières pour occuper certains postes ?

Dans l’idéal… Par exemple, pour les loges, on essaye de placer des personnes bilingues ou qui soient capables de comprendre et se faire comprendre en anglais… Au moins les petits choses, les formules de politesse et qui puissent subvenir aux besoins des artistes. En technique aussi. Pour les plateaux, on aime bien avoir des connaisseurs en son et lumière… C’est toujours plus pratique…

D’où viennent t-il ? Quelle est la moyenne d’âge ?

Un grand pourcentage vient du département… On a surtout des rennais, beaucoup de malouins. On accueille aussi des personnes de la région parisienne. Et, bien sûr, des bretons… La moyenne est autour des vingt cinq ans… Cela dit, la tranche d’âge va de 18 à 50 ans.

Y a-t-il eu une évolution au niveau des postes et du nombre de bénévoles nécessaires par rapport aux éditions précédentes ?

La plus grande évolution s’est faite au sein même de l’association. Dans ses débuts, le festival était organisé par une équipe de bénévoles. Au fur et à mesure, du fait de la professionnalisation du festival et des subventions, il y a eu des postes qui se sont crées… Des emplois jeunes par exemple… On a tout de même continué à faire appel à des stagiaires pour nous aider sur des postes précis… Depuis deux ans, l’équipe d’organisateurs est formée par quatre permanents en CDI (le directeur, le chargé de communication/programmateur, le chargé de production et le régisseur). Récemment, on a accueilli une quatrième personne en CDD pour occuper le poste d’attaché de presse. Et quand le festival approche, on reçoit six stagiaires (assistants, recrutement de bénévoles…).

En ce qui concerne le déroulement du festival, on essaye d’améliorer certaines choses d’année en année. Notamment pour l’accueil du public. Auparavant, il y avait une équipe de bénévoles qui gérait la restauration pour le public. Cependant, on s’est aperçu qu’il y avait beaucoup de boulot… C’est un vrai métier. Pour cette nouvelle édition, on a décidé de laisser cette tâche aux mains des professionnels. Cette équipe a été redirigée vers le nettoyage. Sur le festival, les bénévoles travaillent en moyenne six heures par jour. Cela dit, tout dépend du travail qu’ils font. Si la tâche est très ardue, on peut descendre à trois heures…

Quel coût représente un bénévole ?

Entre cent et cent vingt euros pour trois jours de festival. Pour le calculer, on a pris en compte le prix du pass, les repas pour trois jours (matin, midi et soir) et les tickets boisson (cinq consommations par soir).

Est-il possible de trouver sa vocation au sein du festival… ? Peut-on parler de professionnalisation ?

Bien sur. Moi, j’ai trouvé la mienne. Ma première approche du métier s’est faite par un poste de bénévole. Ensuite, je me suis impliqué dans une association, à l’année. Cela m’a amené vers des formations en accord avec le métier…. Et j’ai fini par des stages. J’ai un autre exemple. Celui de quelqu’un qui a commencé au sein de la Route du rock en tant que barman. Puis, il a occupé le poste de « runner » pour les artistes… Il a fait un peu de technique aussi… Aujourd’hui, il travaille en tant que régisseur à Paris, sur d’autres festivals. Il y a des gens qui, au fur et à mesure des années, se professionnalisent. Toutes les personnes qui travaillent à l’association ont commencé par du bénévolat. Cela leur a permit de connaître, de découvrir et de s’impliquer.

Le bénévolat : un réel engagement ou un moyen de profiter de l’ambiance du festival ?

Cela dépend des personnes. Il y en a beaucoup qui viennent pour profiter… Il est là le piège. Tu as ceux qui ne se soucient pas du déroulement… Et cela au détriment des autres, de ceux qui s’impliquent… Et ces derniers trouvent toujours leur compte. On a des bons retours de leur part car ils ont un espace camping qui leur est réservé ainsi qu’un petit bar où ils peuvent prendre le café, le thé….

Afin d’éviter les mauvaises surprises, l’association a mis en place un système de filtrage pour repérer « les gens qui travaillent de ceux qui ne le font pas »… Les organisateurs contrôlent les présences tous les matins. Les bénévoles doivent signer une feuille avant de commencer leur service. Lors des repas, ils comptabilisent le nombre de personnes qui sont venus manger… Le plus dur est la fin du festival. Les tâches, en aval, ne sont pas toujours assurées… Mais l’association est contrainte de faire appel à des bénévoles puisqu’elle n’a pas les moyens de salarier six cent personnes tous les ans…