Comme réponse au gaspillage alimentaire, certains mouvements citoyens (et très sociaux) ont lancé la vague du déchétarisme (dumpster diving)… qui comme son nom l’indique consiste à partager et consommer des produits jetés mais encore comestibles.

 

Ce phénomène se veut surtout une proposition au gaspillage alimentaire inhérent à la grande distribution ou à la restauration de masse. Dans un cadre plus privé, comme celui de la famille ou du proche voisinage, la solution repose notamment sur des initiatives comme les frigos partagés. Frigos de rue ou abrités par un commerce, ces agents conservateurs permettent de limiter le gaspillage alimentaire domestique en proposant de partager ses plats produits en trop grande quantité. Voire même de cuisiner les légumes de son jardin et d’en faire profiter la communauté.

Si l’opprobre est régulièrement jeté sur l’industrie agro-alimentaire et ses diffuseurs (à juste raison), il ne faut pas minimiser le gaspillage domestique qui totalise près de 50% des déchets alimentaires. Pour contrer ce phénomène, certains mouvements citoyens en appellent à la sensibilisation véritable, à un encadrement qui pourrait prendre source dès le plus jeune âge, via le système scolaire.

 

Apprendre à bien consommer

Comme on apprend à compter, à écrire, on peut apprendre à consommer. Dès le plus jeune âge, il faut inculquer les bons réflexes, les bonnes façons de faire et une logique de consommation. Le gaspillage alimentaire, c’est comme l’écologie, ce n’est pas un phénomène à étiquette politique, c’est une question prioritaire qui concerne le monde. Raison de plus pour éduquer nos enfants quand il est encore temps. Et il ne suffit pas de balancer des campagnes de com’ sur « les cinq fruits et légumes par jour » pour jouer son Ponce Pilate. Il faut aller plus loin dans le message, y introduire la notion de circuit court, celles des pesticides, des OGM… Parce que tout le monde le sait, le quintet légumes/fruits journaliers peut aussi très vite se transformer en catastrophe sanitaire et écologique. Il suffit de se renseigner sur les pesticides systémiques pour comprendre la dangerosité de certains fruits et légumes. Donc « 5 fruits et légumes par jour… sans pesticides ! » serait une campagne de communication… sans intox.

Une sensibilisation dès la prime jeunesse, ce serait déjà lever le voile sur les emballages alimentaires et savoir décrypter un minimum ce qu’on achète. « Pas évident, me direz-vous, c’est compliqué ces choses là… Même moi, je n’y comprends goutte. Alors, les enfants, vous pensez… » Oui, c’est sûr, et savoir reconnaître un dodécagone, personnellement, ça ne m’a jamais servi à rien… pis des trucs à 54 diagonales, j’en ai jamais vu, si ce n’est la 4L de la tante Rolande quand elle s’est pris le muret de la voisine.

Aucune raison de laisser l’agro-alimentaire déverser un charabia incompréhensible dans nos assiettes. Et si il y a rupture de compréhension, donc de communication, il faut améliorer ce point à moins de passer pour des lapins. Si on est capable d’apprendre le gaëlique flamboyant ou le chinois laqué, on est bien apte à comprendre ce qu’on mange. De nos jours, bouffer un taboulé industriel, c’est comme regarder cris et chuchotements sans sous-titres.

De même pour les dates de péremption. Entre « date limite de vente », « de consommation », « meilleur avant », le propos est diffus alors que le signal a besoin d’être clair et précis. Pourquoi utiliser toutes ces terminologies différentes si ce n’est pour désorienter le consommateur.

 

Apprendre à domestiquer son frigo

Le frigo est un monde inexploré, c’est bien connu. Nombre d’explorateurs en ont tracé les frontières, lignes imaginaires, qui se sont vues reculer ou progresser, voire disparaître selon les saisons et les apports maraîchers. De ces peuplades de kiwis repérés et identifiés à une époque qu’on a vu, petit à petit, se dissimuler derrière une forêt de salades frisées. De cette crème « fraiche » qui ferait passer une femme à barbe pour un membre du gang des postiches… Le frigo est une zone de non-droit, un no man’s land où la dissimulation est le passeport de la survie. Pour rompre avec cette dérive, il ne faut pas oublier d’avoir l’œil sur tout. Cela peut être aussi simple que ça. Pour ne pas gaspiller un aliment, il faut le voir. Un frigo trop rempli est souvent synonyme de gaspillage alimentaire donc on organise son frigo par types d’aliments, chaque étage reçoit sa catégorie de prédilection, c’est même prévu pour. Ce système permet de voir rapidement les manques ou la trop grande profusion de certains aliments.

 

Planifier ses menus…

Décider de ses menus pour la semaine, c’est un excellent moyen de lutter contre le gaspillage. On a sa liste de pré établie donc on cède moins facilement à des errances de consommation pendant les achats. Le consommateur est moins attiré par les « promotions » si celles ci ne rentrent pas dans son planning gastronomique. C’est comme ça, ne cherchez pas, nous sommes des êtres faibles.

 

Et apprendre à cuisiner.

Quand on apprend à cuisiner, on apprend à manger. Quand on sait cuisiner, forcément, on jette moins. Le cuisinier en herbe, on parle bien de bouffe familiale là, sait associer les saveurs. Il ne sera pas désorienté par des restes de la veille… une petite sauce, quelques ajouts de légumes frais, des épices et le tour est joué. Donc on le répète, c’est pas une question de devenir un chef étoilé, c’est juste histoire d’être autonome dans une cuisine et de pas se retrouver comme un gland incapable de cuire un plat de pâtes avec des légumes. De plus, quand on sait cuisiner un minimum, on gère mieux les quantités et on sait mieux conserver les aliments… donc on réduit les déchets.