Du mercredi 21 septembre au dimanche 2 octobre, l’association Rhizome propose la dixième édition du festival Ebruitez vous, « A vue d’oreille », un festival de musique d’aujourd’hui centré sur les parallèles entre la musique contemporaine et les arts visuels. Rencontre et focus sur ce collectif mélomane. 

 

– Quel est le sens du mot Rhizome ?

Rhizome c’est l’idée d’une ramification unifiée. Cette idée a été reprise par Gilles Deleuze pour exprimer l’idée d’un réseau vivant dans Mille plateaux. Cette image correspond bien à notre association qui a formé un véritable réseau, de musiciens, programmateurs souhaitant faire découvrir la musique contemporaine au plus grand nombre. Ce réseau nous permet de nous adapter au répertoire très diversifié de cette musique et aux créations nécessitant toujours des ensembles différents. Le projet de l’association s’articule autour de la diffusion de l’ensemble « Ebruitez-vous ! », des « Percussions Rhizome » et du festival annuel « Ebruitez-vous ! »

– Année de la création de l’association ? Par qui ? Dans quels buts ?

L’association Rhizome a été créée en 1992 par Yves Krier (compositeur enseignant et chercheur), Alain Bioteau (compositeur enseignant et chercheur), Olivier Fiard (percussionniste fondateur de l’ensemble). Ces trois personnes fortement investies dans la pédagogie musicale et la composition ont souhaité se réunir pour encourager la diffusion, la production et la découverte de la musique contemporaine en région et en France. Cette direction artistique tricéphale a longtemps été l’originalité de Rhizome. Depuis 2002 Alain Bioteau a quitté l’association pour se consacrer à la composition et à la recherche. Il continue cependant à collaborer aux projets de l’association. Aujourd’hui, il ne reste que Yves Krier.

– Avez-vous un fonctionnement associatif classique avec adhérents etc ?

Oui. Les adhérents sont des musiciens de l’ensemble, le conseil d’administration des mélomanes avertis.

– Et les subventions ?

Le fonctionnement de l’association et la production du festival reposent essentiellement sur des subventions publiques. Pour le fonctionnement et la pérennisation nous avons un soutien de la ville, du Conseil général, du conseil régional. Pour le festival nous avons un partenariat avec la Ville de Rennes, le conseil général , la Région, la Sacem , la spedidam…

– Hors festival, quelles sont les activités de l’asso à l’année ?

Nous organisons quelques concerts sur des thématiques « accessibles » ou les concerts conférences que nous faisons aux Champs Libres. Nous diffusons l’ensemble des Percussions Rhizome et l’ensemble « Ebruitez-vous ! » dans les festivals, saisons musicales etc.

– Depuis quand existe le festival ?

Le festival a d’abord été présenté sous la forme de semaines à thèmes ou de concerts organisés partout en Bretagne (semaine François Bernard MACHE en 1998, semaine Iannis XENAKIS en 1999, festival Luciano BERIO en 2000/01). A partir de 2002, cette invitation festive à découvrir la musique d’aujourd’hui a été baptisée « Ebruitez-vous ! » et s’est recentrée sur Rennes.

– …Programmation pointue ?

Je dirai plutôt qu’il s’agît d’une programmation exigeante. Le but est de montrer que la musique contemporaine est d’une grande variété de style et que tout le monde peut avoir un coup de cœur. Les années précédentes nous avons prouvé que la musique contemporaine pouvait être drôle, lyrique, et spectaculaire (spectacles avec du cirque, du cinéma, de la danse). Les œuvres que nous présentons sont souvent méconnues voire totalement inconnues, mais toujours étonnantes, curieuses, passionnantes.

– Comment pouvez vous qualifier « le style » de musique programmée ?

Il y a en fait de nombreux styles et c’est pour cela que nous avons choisi une approche thématique qui permet de traverser tous les langages des compositeurs d’aujourd’hui : de la musique électronique à la poésie sonore, du quatuor à cordes à l’improvisation proche du jazz… Nous programmons principalement des œuvres de compositeurs d’aujourd’hui qui continuent la tradition de la musique écrite classique, romantique, tout en la remettant en cause et en la renouvelant.

– Quand est né ce « genre musical » ?

La musique contemporaine est née en même temps que l’art contemporain vers 1945. Les compositeurs imprégnés des recherches de compositeurs du début du siècle (Schoenberg, Debussy, Varèse, Stravinsky…) ont cherché de nouveaux langages qui ont amené à un véritable éclatement des styles. On peut presque dire qu’à partir des années 60 chaque compositeur a tenté de trouver son langage musical. Les grands précurseurs de cette musique sont ces compositeurs nés vers 1925 : Luciano Berio, Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Iannis Xenakis, György Ligeti, Pierre Henry, John Cage…

– Est on plus dans la recherche, l’expérimentation, la création pure ? Quelles différences peuvent être soulignées entre cette musique et la musique pop, rock etc ?

Pour schématiser la principale différence est qu’il s’agît d’une musique écrite sur partition ou sur ordinateur alors que la musique pop, rock est une musique du « live ». Beaucoup de musiciens sont bien sûr à la frontière entre les deux. Je pense aux musiciens qui se sont affranchis des formats couplets refrains et du système tonal. La frontière est encore plus infime du côté des musiques électroniques puisque certains compositeurs de musique électronique composent directement sur ordinateur. On assiste d’ailleurs de plus en plus à une reconnaissance de musiciens électroniques comme Fennesz, Pannasonic par des institutions de la recherche musicale comme le GRM et l’IRCAM, car comme de nombreux musiciens contemporains ils travaillent la matière sonore.

– Par qui est écouté ce type de sons ?

Nous pensons que tout le monde peut prendre plaisir à écouter cette musique. Il suffit juste d’être curieux, d’accepter de ne pas comprendre le rythme et la mélodie pour percevoir les sensations que ces sons nous procurent…bref d’avoir envie « d’écouter » dans le sens actif du terme.

Pour tout renseignement sur l’asso et son festival : www.rhizome.asso.fr