Peu représentés, voire ignorés par les grands mouvements modernes, les biens communs représentent aujourd’hui un des plus grands enjeux de ce début de siècle.

Les biens communs, ce qui nous appartient à tous, à l’humanité toute entière… Des biens qui ne peuvent être privatisés, que logiquement personne ne peut s’approprier et ceci afin d’en priver l’autre, qui ne peuvent être traités de façon marchande. Hors considération des communs de la connaissance, remis au goût du jour avec l’avènement d’internet, on trouve les communs universels, biens immémoriaux comme l’air, l’eau, les océans, le spectre électromagnétique…

 

En terme de gestion d’eau, on connaît déjà des ratés… beaucoup de ratés ! Peu de pays se voient respecter ce commun universel qu’est l’eau, sous prétexte que l’eau est rarement potable. On nous fait donc payer les traitements et toute l’infrastructure pour amener l’eau potable à notre domicile. Oui, rendre l’eau potable représente un coût. Oui, l’acheminer jusqu’au robinet et entretenir ces centaines de kilomètres de tuyau, c’est un budget. De là à confier la gestion d’un bien commun à une société privée, sans avoir aucun contrôle, c’est un pur abandon, un pied de nez à l’humanité toute entière, c’est accepter l’impensable. C’est accepter qu’un jour, on puisse nous faire payer l’air qu’on respire.

On voit même des reculs dans certains pays comme l’Irlande, où l’eau est restée gratuite jusqu’au début du 21e siècle pour finalement devenir payante. Il en va de même pour le Québec, où l’administration municipale montréalaise s’est vue attaquée sur le scandale des compteurs d’eau. En France, on pose même des compteurs sur les puits des particuliers… il n’y a pas de petits profits.

Même si il existe des avancées parmi lesquelles les citoyens peuvent enfin exercer un contrôle, l’appareil de gestion reste dans les mains du « pouvoir », c’est à dire de sociétés de services publics… C’est à moindre mal, me direz-vous, on est quand même passé de gestion privée à publique… On préféra dire qu’on revient de loin, qu’on préfère une gestion publique où le citoyen est invité plutôt qu’à la nébuleuse Véolia Eau, gestionnaire du bien commun dans 77 pays et ceci à titre privé.

 

Questionner pour savoir. Savoir pour agir.

Les plus poétiques d’entre nous pourront toujours penser que l’air est gratuit. Oui, l’air est difficilement facturable pour le citoyen… en dehors du marché de l’immobilier. A bien considérer l’affaire, on peut désormais estimer que l’air peut être un facteur de surenchère dans le domaine précité : un logement implanté en bord de rocade ou à proximité d’une décharge ne connaîtra jamais la même surenchère que le même bien immobilier positionné à proximité d’un poumon vert. Grosso modo, Villejean ou proximité Thabor, on n’est plus dans la même catégorie. De façon officieuse et renommée « qualité de vie », c’est déjà « le bon air » qu’on négocie âprement et qu’on revend au plus offrant. En dehors de l’aspect bâti, c’est tout le décorum qu’on vend… décorum fait de chants d’oiseaux en lieu et place de la rumeur automobile, de la fraîcheur apportée par les espaces verts au lieu des points chauds générés par les déplacements et la minéralité… de béton ! Tous ces aspects issus directement des biens communs sont généralement contenus dans l’expression « cadre de vie privilégié »… Les promoteurs sont de grands poètes.

Et si cet air est le bien commun de l’humanité, nous sommes donc dans notre plein droit de savoir de quoi il se compose et s’il connaît des états d’altération… Par altération, on entend pollution évidemment.

Auparavant mesuré par des procédés scientifiques soi disant complexes et réservés aux spécialistes, l’air peut désormais être mesuré par un citoyen lambda. Des dizaines de modèles de capteurs dits « citoyens » se trouvent un peu partout, sous l’impulsion des laboratoires de fabrication ou d’une nouvelle forme de volonté populaire de se réapproprier ce qui lui appartient. Au sujet de l’air, c’est s’approprier un questionnement, c’est savoir pour agir. Critiqué par certaines communautés scientifiques, ce mouvement de capteurs citoyens se voit souvent incriminés dans un manque d’objectivité, de protocoles scientifiques et de mesures d’air pas ou peu précises. C’est un faux débat. Ce mouvement citoyen juge que l’essentiel dans cette analyse de l’air est la puissance du questionnement tandis que la communauté scientifique veut démontrer la preuve par des chiffres. Soulever des questions ou apporter une preuve, nous ne sommes pas dans la même sphère et ce n’est pas du tout la même démarche. Surtout que dans le domaine, on ne manque pas d’informations, on manque d’informations de qualité… surtout quand certaines villes intelligentes communiquent sur les mesures prises par les capteurs en un flot d’open data qui, comparativement, font passer les crues de la Seine pour un Manneken-Pis. Des données scientifiques pour des scientifiques. Comprenne qui pourra, l’essentiel est là.

 

Quand les particules fines jouent les filles de l’air

Courant 2016, la ville de Rennes va lancer une opération de capteurs citoyens afin de mieux sensibiliser les habitants quant à la qualité de l’air et agir sur leurs déplacements. Même si le procédé s’inscrit dans la démocratie participative et se retrouve encadré par des structures associatives, il se retrouve cependant chapeauté par la municipalité… C’est la Ville qui met la main à la poche, c’est donc la Ville qui encadre. Le projet reste cependant louable, privilégiant l’ouverture des données de l’air mesuré via le site de la Maison de la Consommation et de l’Environnement et non par une obscure régie municipale. Les capteurs seront fabriqués à Rennes, par les citoyens, lors d’ateliers dispensés dans les laboratoires de fabrication. Gros bémol ! Les capteurs ne prendront pas les mesures en particules fines, extrêmement néfastes pour la santé… Trop compliqué pour les capteurs amateurs. Ceci alors qu’un jeune indien de 10 ans a rendu un capteur amateur très performant, en changeant quelques composants et en repensant la circulation d’air. (http://www.makery.info/2015/04/14/bricole-it-yourself-les-particules-fines-filtrees-par-des-tutos/)Les données mesurées quant aux particules fines sont analysées et consultables sur son fil twitter. On relève partout dans le monde des initiatives semblables, des citoyens améliorent des capteurs pour mesurer ces diaboliques particules fines parce que, même si les mesures ne sont pas précises, au moins elles sont faites et on a quand même un indicateur. Curieusement, les particules fines semblent peu promptes à se faire analyser par les « baromètres » politiques. Même si ces dites particules sont en effet microscopiques et difficilement quantifiables, on sait désormais qu’elles existent et qu’elles ne sont mesurées officiellement que par des citoyens indépendants, ça soulève bien sûr un questionnement.