Déjà annoncé comme une révolution urbaine, le Champ des possibles étire sa sauvagerie florale, ou faunique, le long d’une friche, ancienne cour de triage du chemin de fer Canadien Pacifique. Seul espace vert géré par des citoyens, ce « Non parc » fait son petit bout de chemin en matière d’aménagement urbain innovant.

Sur une surface de près de 10.000 m2,  coincé entre le quartier « hipsterisé »  du Mile End et une voie de chemin de fer, le poumon de verdure est à l’abandon depuis 40 ans. L’ancienne cour de triage du Canadien Pacifique s’est fait récupérer par la nature, autrefois chassée par les pelles et le béton. Maintenant, c’est plus de 300 espèces végétales et animales qui cohabitent… Avant, on disait « la nature reprend ses droits », désormais on parle de biodiversité. Qu’importe, ces écosystèmes développés en milieu urbain sont porteurs d’un fabuleux message d’espoir: tout pousse… ou repousse sans le facteur humain.

Un symbole de protection

Si la nature n’a nul besoin de l’homme pour se développer, elle peut apprécier parfois son aide. Contre les pelleteuses et autres vicissitudes immobilières, la moufette cendrée ou le renard gris n’ont pas beaucoup de méthodes de défense, si ce n’est de déménager au loin des Indélicats. C’est de l’aide qu’a voulu apporter Emily Rose Michaud… et c’est de là qu’est partie toute cette belle histoire verte. Artiste et habitante du quartier, Emily Rose Michaud veut préserver cette terre « nouvellement vierge » des ambitions spéculatives. En collaboration avec plusieurs habitants, l’artiste décide d’y établir un jardin « de Roerich », entièrement dessiné d’après le fameux Pacte de Roerich (forcément!). Le symbole de Roerich représente un cercle rouge sur fond blanc où l’on appose trois autres cercles rouges, unité du passé, du présent et du futur à l’intérieur de l’anneau de l’éternité. Les trois cercles sont aussi représentatifs de l’alliance de l’Art, la Science et la Religion. C’est par ce « logo » qu’on signifiait aux aviateurs (ou autres joyeux artilleurs)  la présence d’une école, d’un musée, d’un hôpital… c’est ce même signe qu’on voit alors qu’on pénètre la jungle urbaine…
Emblème protecteur accolé au « non parc » dès 2007, il fait lever la curiosité des habitants voisins, ou citoyens voisins, qui s’engagent dans la  « lutte » pour préserver cet espace des « possibles ».

La nature Reine

Alertée, la mairie se porte acquéreur du terrain en 2009 et entre en interaction avec les habitants. Les entreprises personnelles et individuelles commencent à fleurir: corvées de nettoyage, tontes et coupes des mauvaises herbes, jardins potagers clandestins, organisations de concerts, de projections nocturnes… toutes ces initiatives amènent à la création d’une association, « les amis du champ des possibles », qui se voit confier la gestion du site avec le soutien technique de la mairie d’arrondissement. L’association est responsable du nettoyage du site, de l’aménagement et de l’animation du site, tout en gardant son caractère « sauvage » et en le sécurisant: surveiller les feux et barbecues, faire des tracés de circulation (mais sans béton!), installer des poubelles… bref, organiser le brut mais laisser la nature commander et s’investir.

Le champ des possibles, c’est le premier espace vert naturel cogéré par des citoyens, un espace vert grignoté sur l’urbain bâti, une appropriation citoyenne qui constitue une vraie avancée en matière d’aménagement urbain.