Une action associative sous forme d’exposition itinérante… c’est ce que propose l’association « l’atelier au fils d’Indra », une structure définitivement ancrée dans le développement durable et l’économie sociale et solidaire… avec 40 ans d’avance !

En 1969, on ne parle pas encore d’économie sociale et solidaire, encore moins de développement durable ! A part quelques visionnaires, souvent taxés d’illuminés, cette année 1969 ne connaît guère de personnalités prônant l’économie dans une forme solidaire… la première crise pétrolière est encore loin et les prises de conscience quant aux échanges Nord/Sud ne se résument guère que par de juteux échanges en faveur des pays occidentalisés.

1969, c’est l’année de création de l’action «  Au fils d’Indra  »… Mr Durieux, vice consul de France à Pondichéry, et sa femme se penchent de très près sur le travail des femmes et leur plus profond dénuement. Très gourmands d’arts, notamment de l’art indien ancestral, ils mettent en place un atelier de broderies anciennes où, avec l’assistance des femmes indiennes, ils redécouvrent une « vieille technique admirable de broderies par applique représentant des motifs de l’Inde ancienne. » Assistés en France par deux amis, Marie rose Carlié et Louis Fournier, ils ont le souhait de créer des emplois pour ces femmes du Tiers Monde plutôt que de tomber dans l’assistanat « colonialiste » encore largement en vogue en cette fin des années 60 : « donner du travail, en tiers monde, semblait essentiel, dans le respect des personnes et des cultures… » De plus, « les panneaux brodés étaient admirables, ils révélaient l’Inde ! »

La fin des années 60 en France, et un peu partout dans le monde occidentalisé, c’est l’ouverture à l’Orient, à ses traditions, à ses exotiques cultures, on pense au bien être de l’esprit par l’intermédiaire du yoga… la contre culture américaine et les répercussions du Summer of love de 1967, le mouvement de Mai 68, tout participe à une avancée des moeurs et à l’ouverture aux autres cultures…

L’atelier «  au fils d’Indra  » est précurseur et apporte une réponse alternative à la consommation. S’en suit un élan extraordinaire relayée par de plus en plus de villes françaises par l’intermédiaire d’expositions des panneaux brodés : « de 1969 à 1972, les brodeuses passent de 30 à 130… en 1973, au départ du couple Durieux, structuration de la cellule indienne avec assistante sociale, comptabilité, secrétariat et une direction indienne. De 1972 à 1975, elles passent de 130 à 210… Aujourd’hui, 265 emplois sont assurés. Toutes les travailleuses ont des conditions de travail normales et de véritables prestations sociales avec congés payés, congés maladies, crèche, dispensaires… »

Dès 1982, la structure se constitue en association de loi 1901 du côté français… En métropole, elle n’emploie qu’un seul salarié, un ancien dessinateur de l’Atelier de Pondichéry, qui assure le suivi des antennes locales françaises et fait le lien entre France et Pondichéry. De nos jours, chaque cellule française représente entre 50 et 100 bénévoles qui travaillent à la création de ces expositions et à recueillir les commandes qui font vivre ces 265 familles indiennes… Alors qu’aujourd’hui certaines structures associatives s’enorgueillissent du label ESS ou de répondre à un cahier des charges de développement durable, on ne peut que décemment privilégier toutes ces initiatives humaines qui ne se préoccupent guère d’un logotype uniquement symbolique avant de faire preuve d’intelligence, d’humanité et de raison.

Atelier « Au fils d’Indra », exposition vente de toiles brodées Du vendredi 29 janvier au lundi 1er février, au Carré Sévigné, bd de Dézerseul. Cesson Sévigné.

www.atelier-indra.org