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![]() Vieux choux… Le patrimoine des semences.Oignon de Roscoff, chou de Lorient, haricot coco de Belle-Île… On ne compte plus les différentes variétés potagères en Bretagne. Et pourtant ! Sans l’apport de certains militants, cette diversité pourrait être balayée par la standardisation des espèces, jusqu’à sombrer dans l’oubli. L’association Koal Kozh fédère paysans, jardiniers amateurs et consommateurs pour sélectionner, multiplier et diffuser ces variétés… En un demi-siècle, le métier d’agriculteur s’est transformé, à l’instar des paysages ruraux et de l’alimentation. Les travaux agricoles sont aujourd’hui moins pénibles, beaucoup de tâches physiques sont effectuées par des machines... Mais ce confort a un prix, pas seulement financier. Si la modernisation de l’agriculture a permis d’écouler la production de métaux et de produits chimiques après la seconde guerre mondiale, elle a rendu les agriculteurs dépendants de cette industrie et a fait d’eux des gestionnaires qui déclarent, certifient, vaccinent… et qui n’ont finalement pas moins de travail qu’avant. Pour gagner du temps, les maraîchers ne sélectionnent plus les semences issues de leurs propres productions de légumes à la fin de chaque saison. Il y a quelques décennies, ils en choisissaient les meilleurs plants, les plus résistants, les mieux adaptés à la terre pour en conserver les graines et les semer l’année suivante. Ce travail est à présent celui des semenciers et des pépiniéristes auprès desquels les agriculteurs, conventionnels ou biologiques, achètent semences et plants. Ce fonctionnement basé sur l’achat de semences dites industrielles pose un certain nombre de problèmes. Ce système s’avère tout d’abord coûteux. Le prix de ces semences représente 25% des charges totales d’une exploitation, dépense qu’il faut d’ailleurs renouveler chaque année… Ce mode de fonctionnement ne permet pas aux agriculteurs de sélectionner les variétés les mieux adaptées à leur sol : seulement un petit nombre de variétés est autorisé à la vente en France, celles inscrites au catalogue européen… En réalité, les quelques variétés vendues en quantités par les semenciers sont les mieux adaptées à la production intensive et non aux contraintes liées au sol et au climat local. Ces graines standardisées font disparaître le patrimoine variétal des régions, réduisant la biodiversité des campagnes et appauvrissant nos assiettes. Ce système pose un problème éthique : du fait de la délégation de ce travail à une industrie, la prochaine génération d’agriculteurs n’aura jamais sélectionné et multiplié elle-même ses semences, elle en aura perdu le savoir-faire et sera donc définitivement dépendante des industriels. C’est pour lutter contre cette situation que s’est constituée l’association Koal Kozh. Koal Kozh signifie « vieux choux » en breton tout en faisant un clin d’œil au mot russe Kolkhoze , signifiant « bien commun ». L’objectif de cette association créée en 2007 est de sélectionner, de multiplier et de diffuser des semences potagères locales. Concrètement, elle recense des variétés du terroir breton comme les choux de Lorient, les haricots coco de Pont l’Abbé, les oignons d’Erdeven ou oignons roses de Roscoff. Les membres de l’association, qu’ils soient paysans ou jardiniers amateurs, testent ensuite les variétés sur leurs parcelles, observent leur adaptation et laissent les plantes monter en graines pour reproduire leur semence. Les graines issues de cette production sont alors échangées entre adhérents. Ces semences reproduites directement sur les exploitations agricoles sont appelées « semences paysannes ». Pour Koal Kozh, le rôle des jardiniers amateurs est primordial. « Ce sont eux qui ont le plus de temps. Ils sont en général disponibles et passionnés par le jardinage. Ils représentent un véritable levier pour l’association » explique Ivan Sachet, salarié de la FRAB (Fédération Régionale de l’Agriculture Biologique) qui a assisté la structure dans ses premières années. L’association œuvre également pour les agriculteurs en leur proposant des programmes de formation à la multiplication des semences et en mettant à leur disposition une trieuse, machine agricole permettant de séparer les graines de la terre et des cailloux ainsi que d’autres graines éventuellement venues se mélanger à l’espèce sélectionnée. Dans plusieurs régions de France, des associations se sont créées autour de cette thématique… Qu’il s’agisse de semences potagères, céréalières, fruitières ou autres ! Certaines d’entre elles se sont regroupées autour du réseau « Semences Paysannes » afin d’influer juridiquement en France et en Europe en faveur du droit ancestral des paysans à produire leurs propres semences. L’objectif de Kaol Kozh est de recenser et de multiplier les variétés potagères locales… l’association lance donc un « appel à semences », invitant les paysans et les jardiniers, cultivant des fruits et légumes bretons, à prêter à l’association un échantillon de semences pour qu’elles puissent les multiplier et en assurer la pérennité. Contact : René Léa, Président de Kaol Kozh 02 98 69 67 51 |